La politique énergétique du Kurdistan Irakien (KRG)*

Les enjeux liés au pétrole qui occupent toujours la première place de la consommation mondiale d’énergie a été primordiale dans les relations internationales[1]. Cette ressource stratégique a causé des nombreux conflits inter-étatique, les grandes puissances politiques et économiques mondiales étant en concurrence, pour acquérir la satisfaction des pays producteurs, afin de garantir leur développement économique et industriel. Alors la propriété d’une tel ressource à priori donne une place confortable à son propriétaire, qui mène un développement économique et social, permettant l’élévation générale du niveau de vie des populations des pays producteurs.

Portant Philippe Copinschi évoque « la malédiction du pétrole »[2] pour la plupart des zones pétrolières, cela explique exactement le passé du Kurdistan, qui a subi de nombreux malheurs faute d’avoir des ressources énergétiques dans son territoire. En Irak, cette idée est incarnée clairement avec l’expulsion, la déportation, l’élimination et la détermination des populations Kurdes de leur place riche en pétrole, pour les remplacer par des Arabes fidèles au régime, notamment dans la province du Kirkuk, qui contient une réserve de 13 milliards de barils soit 12% des réserves pétrolières de l’Irak[3].

Donc la flamme du pétrole, qu’a brulé les Kurdes dans le passé, peut être utilisé pour éclairer l’avenir de la région du Kurdistan ?

Apparemment cette question est le pivot de la politique énergétique du KRG. A cause de l’importance du pétrole dans l’agenda des grandes puissances, les enjeux énergétiques sont considérés comme des intérêts à assurer et protéger en priorité. Cela pousse le KRG à réfléchir pour se réconcilier avec les intérêts des grandes puissances, en créant des intérêts communs, et en offrant ce que les autres cherchent. C’est la raison pour laquelle une grande partie des investissements étrangers au Kurdistan est précieusement ciblée dans le secteur pétrolier.

En se basant sur la constitution Irakienne, le Parlement du Kurdistan le 06/08/2007 adopte le code N° 22 (2007) du Pétrole et Gaz de la région du Kurdistan[4]. Le KRG décide de poursuivre sa propre politique pétrolière selon la loi Kurdistanaise, et n’attend pas la loi du gouvernement central qui n’est toujours pas adoptée. Mais nous constatons que selon la constitution le revenu pétrolier devrait être retourné à Bagdad, après la déduction d’un pourcentage pour la région. Donc, apparemment le KRG fait tous ces efforts pour vendre le pétrole afin que Bagdad gagne plus, mais pourquoi fait-il cette politique, et quelle est la logique ?

Le ciblage sur le secteur pétrolier peut s’expliquer par deux raisons : premièrement, l’énergie représente une grande partie des ressources en Irak et au Kurdistan. En raison de la qualité et de l’accessibilité de ses produits, la région peut être un grand marché pour les investisseurs étrangers. Cette exploitation augmente la rentabilité du KRG, lorsque le taux total de la vente au niveau de l’Irak augmente, à travers l’augmentation du budget général irakien, et cela permet également d’améliorer la vie et le bien-être des Kurdistanais.

De plus, le KRG n’est pas obligé d’attendre que Bagdad lui envoi de l’argent avec le retard, mais peut déduire directement sa part budgétaire du pétrole qu’il vend, et ensuite renvoyer le reste à Bagdad. C’est une libération partielle de la pression de Bagdad.

Deuxièmement, et c’est ce qui semble être plus important pour la région. C’est la présence des grandes compagnies pétrolières tel que « les américaines ExxonMobil et Chevron, le Français Total[5], le Russe Gazprom, le Norvégien DNO et le Turco-britannique Genel Energy, etc. » sur le sol de la région, et leur traitement avec le KRG. Cette présence offre une garantie pour la région d’être protégée pour une longe durée, et cela n’est pas caché par les dirigeants de la région. Le Président Barzani a annoncé dans un discours que « aujourd’hui la présence d’un compagnie pétrolier, qui sont aussi la deuxième face de leurs Etats, nous offre une garantie beaucoup plus rassurant que la présence d’une troupe militaire étrangère pour nous protéger comme il a été le cas dans le passé » il rajoute « pour protéger leurs intérêts, ils seront obligés de protéger la continuité du KRG et assumés notre entité comme un acteur non négligeable[6]».

Jusqu’à nos jours le KRG a signé une cinquantaine de contrats avec de grandes compagnies pétrolières. Contrairement à Bagdad qui applique le Contrat de Service, le KRG adopte des Contrats de Partage de Production (Production Sharing Contract)[7], qui s’adapte mieux avec la situation du Kurdistan. Vu le retard de la région dans l’industrie pétrolière, laquelle était abandonnée sous le régime de Saddam, le KRG commençait à zéro en 2006 dans cette industrie. Ces contrats sont beaucoup plus lucratifs que les contrats de services, qui offrent un prix fixe par baril de brut. Du coup, les compagnies pétrolières sont de plus en plus tentées de passer outre la colère de Bagdad[8].

Les contrats intéressants proposés dans la région mènent par exemple le géant ExxonMobil à privilégier le KRG sur Bagdad, lorsque ce dernier lui demande officiellement de choisir son interlocuteur en Irak entre deux acteurs, Erbil et Bagdad[9]. Cet acte prouvé quand ExxonMobil avertit le gouvernement de Bagdad, par son attention de la mis en vente de sa part qui attendre 60% dans le contrat de l’exploitation du Champ de Qurna1 à Bassora signé auparavant en 2010. Tandis qu’il continue son engagement avec le KRG[10].

Ainsi, ExxonMobil va s’associer avec la compagnie pétrolière Turc TPAO, pour mener des travaux d’exploration pétrolière aux Kurdistan, au moment où cette compagnie Turc a été éloigné en novembre 2012 par la décision de conseil des ministres à Bagdad. La décision prise pour contester la relation politique et commerciale suspecte d’Ankara avec KRG, notamment en matière d’énergie[11].

Avec cette politique, le KRG est devenu un acteur important dans un marché « géologiquement passionnant et politiquement sensible » décrit par The Guardian[12], notamment lorsque le pipeline installé par le KRG coïncidera à la station de comptage de frontière à Fishkhabour, qui permet à 300.000 barils de brut par jour pour commencer de couler vers la Turquie, puis 1 Million de barils par jour en 2015[13].

D’ailleurs le gouvernement Turc a donné l’autorisation en Septembre 2013 aux compagnies Turc Syahkalem en collaboration avec l’Autrichien OMV et le Hongrois MOL, pour fournir le marché Turc puis le marché européen par le Gaz naturel du Kurdistan pendant 26 Ans[14]. Autrement dit le Kurdistan sera le principal acteur au sein du projet de gazoduc Nabucco-ouest pour fournir l’UE en gaz naturel. Ce projet devient une alternative au projet initial de Nabucco proposé par la Turquie, lorsque ce dernier a été concurrencé par un autre projet Russe South Stream. Mais la situation conflictuelle avec la Russie peut pousser l’UE de revenire sur le projet de NABUCCO.

Quoiqu’il en soit « le Kurdistan aujourd’hui est un chiffre visible sur la carte énergétique du monde, et le KRG reste un acteur non négligeable sur le plan énergétique mondiale»[15]. D’ailleurs le KRG en coordination avec le CWC groupe depuis 2011 organise une conférence internationale annuelle en matière d’énergie au Kurdistan, en présence des acteurs politiques et économiques dans 34 pays du monde. Tous cela témoignant la réussite du KRG à s’imposer sur une échelle énergétique internationale.

 

Toutefois cette opportunité limitée pour le KRG ne résout pas tout les problèmes. Il reste plusieurs obstacles à détourner, afin d’accéder à la scène internationale. Ces obstacles même, s’ils n’ignorent pas la présence du KRG comme un acteur, néanmoins ils dissuadent d’autres acteurs de se rapprocher facilement du KRG, et les empêchent de créer une relation bilatérale avec la région.

* C’est un extrait de « La paradiplomatie du Kurdistan Irakien », Nuraddin RAMAZAN

 

 

 

[1] Aujourd’hui, le pétrole représente près de 39% de la consommation mondiale d’énergie primaire dans le monde, contre 26% pour le Charbon, 23% pour le Gaz naturel, 7,5% Nucléaire et 4,5% énergie renouvelable. Cette primauté du pétrole revient pour la facilité à produire (à la différence du charbon), à transporter (à la différence du gaz) et à stocker (à la différence de l’électricité).

Voir plus détails dans le dossier de CEA, la production de l’énergie, mis en ligne Octobre 2012 : http://www.cea.fr/jeunes/themes/   (dernière consultation 08/09/13).

[2] Philippe Copinschi, « Le pétrole : un enjeux internationale », la documentation Française, mis en ligne le 31/01/2011 http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/ (dernière consultation 08/09/13). issue d’un entretient avec réalisé par la documentation française en août 2010.

[3] Sidi Ahmed Salm, « Champs Pétroliers Irakiennes », Al-jazeera.net, mis en ligne le 24/07/2007 (en Arabe) http://www.aljazeera.net/specialfiles/pages/ (dernière consultation 08/09/13).

[4] Le code N° 22 (2007) du Pétrole et Gaz de la région du Kurdistan, Waqa’i Kurdistan, N° 75, 15/11/2007, P. 1

[5] Communiqué de presse du Group Total, le 30 octobre 2013 à Paris. http://total.com/fr/medias/actualite/ (dernière consultation 30/10/13).

[6] Discoure du Président Barzani avec les représentants des minorités, Erbil, 11/09/2013.

[7] Le contrat de partage de production est l’une des cinq modèles applicable dans le secteur pétrolier. il établit les règles de coopération entre la compagnie ou l’investisseur bénéficiaire du permis et l’État hôte.

L’investisseur s’engage à exécuter et à financer, à ses risques, toutes les opérations d’exploration et d’exploitation. En contrepartie, il dispose d’une partie de la production appelée « cost oil » dont la vente doit permettre le remboursement de toutes ses dépenses (investissements et coûts opératoires).

Le solde de la production, ou « profit oil », est ensuite partagé, dans des proportions et suivant des modalités variables, avec l’État. Ici l’investisseur prend environ 20 % du profit.

[8] Pétrole : « Total sommé par Bagdad de rompre son contrat avec le Kurdistan », Le Monde, mis en ligne 13.08.2012. http://www.lemonde.fr/economie/article (dernière consultation 23/09/13).

[9] L’ExxonMobil ayant le choix entre Bagdad ou Erbil, Quotidien Asharq Al-Awsat, N° 12474, le mardi 22/01/2013.http://www.aawsat.com/ (dernière consultation 19/09/13). (en arabe)

[10] Daniel FINEREN, « Iraq asks Kurds to link new oil pipeline to its network », Reuters, mis en lign le 24 September 2013 http://uk.reuters.com/article/ (dernière consultation 09/10/13).

[11] L’exclusion d’une compagnie pétrolière Turc par l’Irak, Al-Sharqiya TV, le 07/11/ 2012. http://www.alsharqiya.com/?p=26059(dernière consultation 23/09/13).(en Arabe)

[12] Ian BLACK, « Golden oil of Iraqi Kurdistan raises tensions with Baghdad », The Guardian, le 10 Juin 2013. http://www.theguardian.com/world/2013/ (dernière consultation 19/09/13).

[13] Ashti Hawrami (ministre des ressources naturelles du KRG), interview Rudaw TV, 18/09/2013.

[14] Samih Zobair, « Le KRG envoie le Gaz naturel par la Turquie », Rudaw portal, 14/09/2013. (en Kurde) http://rudaw.net/sorani/business/140920132 (dernière consultation 23/09/13).

[15] Discoure Neçhervan Barzani (Première ministre) à la 1ère conférence du Kurdistan pour pétrole et gaz, 13/11/2011, quotidien Al-Mada, Vol. 2665, mis en ligne le 03/12/2012.

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