Rencontres avec des acteurs des relations internationales à Paris

Rapport d’études à Paris : rencontre d’acteurs de la défense à Paris 

(31 mars – 1er avril 2014)

Le but de ce voyage à Paris, orchestré par le Professeur Frédéric Charillon, que nous remercions, était de nous faire rencontrer des acteurs de la recherche et de la mise en place de la politique de défense stratégique, à l’échelle française, mais aussi à l’échelle européenne.

Les différents acteurs rencontrés étaient l’Institut Français de Relations Internationales, l’Institut de la Sécurité de l’Union Européenne, l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale,  l’Institut de Recherches Stratégiques de l’École Militaire, et enfin la Délégation aux Affaires Stratégiques.

L’institut Français des Relations Internationales (IFRI):

Nous avons commencé notre séjour à Paris par une rencontre à l’IFRI (Institut Français de Relations Internationales), qui est un Think Tank considéré comme indépendant de tout clivage politique, et qui est classé parmi les 20 meilleurs au monde. Il a pour mission d’expliquer les grands évènements internationaux qui ont lieu. Il est financé à la fois par le Premier Ministre (environ 30% de ses fonds) et par le secteur privé (environ 70% de ses fonds).

Nous y avons été accueillis par Dominique DAVID, directeur exécutif de l’IFRI, Marc HECKER, rédacteur en chef-adjoint de la revue politique étrangère et chercheur au Centre des Etudes de sécurité, Maité de BONCOURT, chercheur au Centre Energie, et John SEAMAN, chercheur au Centre Asie. Monsieur DAVID a pris le temps de nous expliquer le fonctionnement du centre, sa mission, et ses sources de financement. Ensuite, chacun des intervenants s’est exprimé afin de nous parler des recherches qu’ils effectuent, de leurs parcours universitaires, et de répondre aux questions que nous avions, notamment sur l’actualité internationale du moment, à savoir la crise en Ukraine et l’intervention en Centrafrique.

L’Institut d’Etudes de la Sécurité de l’Union Européenne

Par la suite, nous avons été reçus à l’Institut d’Etudes de la Sécurité de l’Union Européenne par Thierry TARDY et Florence GAUB, qui sont tous deux chercheurs.

M. TARDY a tenu à nous expliquer le genèse de cet institut de recherche. Il a en effet été créé en 2002 comme une agence autonome de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune de l’Union Européenne. L’institut n’a pas d’ambition théorique, mais une ambition pratique. Il doit fournir des analyses et des opportunités de discussion qui serviront à la création de la politique de l’Union.

Il a également une volonté de se projeter à l’extérieur de l’Union Européenne et de ses 28 États Membres, notamment en Afrique Subsaharienne et dans les pays des Balkans. Cependant, il existe de nombreux obstacles dans la mise en place des actions qui devraient donner lieu aux recherches effectuées par cet institut. En effet, il existe un manque de volonté politique des États Membres de l’Union dans la mise en place d’opérations qui devraient rentrer dans le cadre de la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSCD). Il existe également un manque de consens quant aux secteurs qui présentent une menace pour les différents États Membres de l’Union. En effet, pour les pays baltes, la menace, et ce bien avant la crise ukrainienne, est la Russie. Il y a une notion de survie qui les concerne. Ces États baltes savent qu’en cas d’attaque russe, ils n’auront pas la puissance militaire pour riposter. Ces États semblent d’ailleurs plus compter sur l’OTAN pour leur protection que sur l’Union Européenne, ce qui pose un problème de crédibilité à cette dernière.

Pour les autres pays, la menace viendrait plutôt du sud (à savoir les pays subsahariens), notamment pour les problèmes de terrorisme islamique, même s’il semble que ces États Membres aient du mal à l’admettre.

Par la suite, Madame GAUB, spécialisée sur le monde arabe, nous a présenté son travail sur l’Egypte, et a accepté de répondre à des questions que nous avions sur le sujet. Elle nous a rappelé que l’Union Européenne entretenait surtout des relations commerciales avec l’Egypte, et qu’elle avait signé un accord d’association en 2004 avec elle. Suite aux révoltes arabes de 2011, la question s’est posée de savoir si l’Europe est capable de pousser l’Egypte à engager des réformes. Pour le moment, la réponse semble être non. La discussion s’est ensuite ouverte sur l’efficacité et la pertinence des opérations de maintien de la paix mises en place par l’Union Européenne, ainsi que la collaboration entre cette dernière et d’autres Organisations Internationales, telles que l’ONU ou l’OSCE. Il est apparu au cours de cette discussion que l’Union Européenne semblait plutôt inefficace et sans pouvoir dans des situations de politique étrangère. En effet, tout semble fonctionner lorsque tout va bien (« The EU is a good weather organisation »), mais ses limites apparaissent très vite. Elle ne paraît pas capable de rassurer ses propres membres qui se tournent vers l’OTAN pour assurer leur défense, et elle n’a toujours pas réussi à mettre en place une PSDC efficace et effective.

L’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale

Nous avons également été reçus à l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), où nous avons été accueillis par le colonel Marie-Dominique CHARLIER, et le Professeur Jean-Jacques ROCHE, directeur scientifique de l’IHEDN.

Le colonel CHARLIER nous a fait une présentation sur le Livre Blanc de 2013, et ce qu’il implique pour la Défense française. Ce dernier chercher à planifier la défense française pour une période de 15 ans.  Le premier a été rédigé en 1972, et avait surtout pour but de présenter de justifier la dissuasion nucléaire française. Celui de 2013, quant à lui, fait part de l’état du monde, présente la stratégie de défense, et les moyens de la stratégie, en montrant le concept opérationnel et le modèle d’armée.

Le Colonel CHARLIER nous a également fait part de la baisse importante des moyens financiers alloués à la défense dans les budgets des États. La France, par exemple, ne consacre que 1,54% de son budget total à la défense.

En parallèle à cette présentation, le Professeur Jean-Jacques ROCHE nous a expliqué que la guerre n’est plus la même que celle qui existait il y a 30 ans, et que les risques liés à celle-ci n’étaient plus les mêmes, ni aussi importants qu’auparavant. En effet, les conflits ne sont plus forcément interétatiques, et la menace nucléaire n’est plus aussi importante et est plus contrôlée que durant la période de la Guerre Froide.

À l’issue de cette présentation, nous avons été invités à suivre la conférence des Lundis de l’IHEDN, qui était présentée par M. Thierry de Montbrial, et qui portait sur « l’Europe et ses voisinages à l’Est et au Sud. » La situation de la Russie a beaucoup été abordée, où il a été montré qu’il est difficile voire impossible de s’en passer, notamment à cause de ses ressources énergétiques dont dépendent la quasi-totalité des États de l’UE, et notamment les petits pays d’Europe Centrale. De ce fait, il est difficile de faire pression sur la Russie, car elle utilisera l’arme énergétique comme monnaie de compromis. Le Sud, quant à lui, présente des problèmes de sécurité majeurs, notamment à cause des failed States, qui mettent en danger  la stabilité entière de la région.

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Nous avons ensuite eu l’honneur d’être invités par le Directeur de l’IHEDN, le Général de corps d’armée, Jean-Marc Duquesne.

L’Institut de Recherches Stratégiques de l’École Militaire :

Le mardi matin, nous avons été reçus à l’IRSEM (Institut de Recherches Stratégiques de l’Ecole militaire) par l’équipe dirigeante, à savoir l’Amiral MOREL, Secrétaire général, Caroline VERSTAPPEN, chargée des partenariats, et Frédéric CHARILLON, directeur de l’Institut. Ces derniers nous ont expliqué le fonctionnement de l’Institut et les missions qu’il remplit, qui sont, principalement, la participation au rayonnement et au renouvellement de la pensée stratégique française, ainsi que la production d’une recherche stratégique ouverte. Cet institut n’est pas très ancien, et il regroupe 4 centres précédents. Il a été créé et est soutenu par le Ministère de la Défense. 22 chercheurs y travaillent.

4 grands domaines d’études y sont présents :

  • La défense et la société : la sociologie militaire et la sociologie des armées – ils cherchent à savoir qui sont les militaires ?
  • L’armement et l’économie de défense : il s’agit de l’industrie, comment faire un budget en pleine crise économique ?
  • La politique de défense comparée : qui dirige la défense dans les différents pays étudiés.
  • La pensée stratégique comparée.

Une certaine réserve existe : en effet, les chercheurs, et donc l’institut, sont responsable de ce qui y est dit. Cet institut n’existe pas pour encenser, ou au contraire, pour gêner les politiques qui sont mises en place.

Nous avons assisté à des interventions différentes :

  • Jérôme de LESPINOY nous a parlé des drones, et de l’évolution que cela représente pour la conduite de la guerre, et notamment les changements que cela implique pour les hommes sur le terrain.
  • Flavien BOURRAT nous a parlé de l’Afrique du Nord, et notamment de l’après révolutions arabes, qui a vu la société de ces différents pays se politiser. Des revendications voient également le jour, à savoir le besoin d’ordre, mais aussi la volonté des peuples à un respect plus grand de sa dignité.
  • Pierre JOURNOUD nous a présenté ses recherches sur l’Asie, et a notamment parlé du processus de paix de la péninsule indo-chinoise, mais aussi du poids de la Chine dans la région. La question des disputes maritimes entre la Chine et le Japon a été abordée, ainsi que la situation en Corée du Nord.
  • Olivier ENTRAYGUES nous a présenté ses recherches sur la pensée stratégique et comment elle pourrait évoluer dans les prochaines années.
  • Maya KANDEL, qui travaille sur les États-Unis, nous a expliqué en quelques mots la politique étrangère d’Obama, qui est avant tout une recherche de rupture avec celle pratiquée par Bush, même si celle-ci n’est pas si radicale qu’elle ne paraît l’être. Elle nous a également montré que les États-Unis amorçaient un recentrage vers l’Asie et notamment la Chine, mais qui nécessiterait un désengagement de l’Europe et du Moyen-Orient, ce qui tombe au plus mal, étant donné la crise en Ukraine.

Chacun d’entre eux nous a parlé de ses recherches, et a pu répondre à des questions précises sur ses domaines de recherche.

Délégation aux Affaires Stratégiques :

Enfin, pour clôturer nos rencontres, nous avons été reçus à la Délégation aux Affaires Stratégiques (DAS), où nous avons été accueillis par Nicolas BRONARD, qui est le sous-directeur prospective et stratégie, et Benoît GAUTHIER et Cyril QUELLEC. La DAS a été créée en 1992, et s’occupe du renseignement, de la coordination interarmées, et du conseil politique en matière de défense. Les personnes qui y travaillent cherchent à éclairer l’avenir, à identifier les déséquilibres ou crises qui pourraient porter atteinte aux intérêts du pays. La DAS exerce la fonction de conseiller politique du ministre, et est rattachée au Ministère de la Défense. 3 grandes fonctions leurs sont octroyées :

  • Ils ont pour fonction d’entretenir les relations avec les différents pays, en instaurant un dialogue de nature politique.
  • Ils exercent un contrôle sur l’exportation d’armements.
  • En rapport avec ce dernier point, ils exercent un suivi sur la prolifération d’armes, notamment les armes non-conventionnelles.
  • Enfin, ils cherchent à mettre en place une politique de défense et de prospective, et ils identifient les enjeux et intérêts qui se trouvent dans le Livre Blanc de 2013.

Les personnes travaillant à la DAS peuvent mettre en place des travaux sur le long terme, parfois sur plusieurs années, notamment par exemple pour la crise malienne, qui était prévue depuis plusieurs années. Cependant, et c’est une limite, il arrive que certaines évènements se produisent de façon inattendue, comme les printemps arabes, et les décideurs politiques doivent donc se tourner vers des expertises privées afin de prendre des décisions dans un laps de temps réduit. La DAS travaille d’ailleurs en relation étroite avec des Instituts de Recherche, comme l’IRSEM ou l’IFRI.

Les intervenants ont pu nous expliquer brièvement (en raison de la confidentialité des missions) la mise en place des interventions armées passées et le travail qu’ils effectuent actuellement sur les crises qui se déroulent en ce moment autour du globe.

Conclusion : les différents acteurs que nous avons rencontrés ont tous leur mode de fonctionnement et de financement propre et différents des autres. Leurs missions ne sont pas non plus les mêmes ; il peut s’agir de conseiller un décideur politique français, de tenter de mettre en place une politique européenne étrangère et de défense, ou encore de mettre en place les opérations extérieures et de réagir à des crises internationales dans l’immédiat et de façon appropriée, et ce parfois en coordination avec l’Union Européenne, des États étrangers, ou des organisations internationales.

Rapport présenté par Marie Le Bris
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